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Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 07:49

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Johnny Guitar est un film culte pour plusieurs générations qui le regardent comme un western atypique et flamboyant. Tout est effectivement curieux dans Johnny Guitar. Le scénario est assez original, la manière de filmer kitch à souhait, les acteurs sont survoltés. Mais par-dessus tout il est saturé de dialogues à double ou triple sens.

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 Dans une atmosphère empoussiérée, Johnny revient à ses amours anciennes 

C’est donc l’histoire de Johnny Guitar qui vient rejoindre Vienna, son ancienne maîtresse, qui tient un tripot planté au milieu de la campagne en attendant que le train arrive jusqu’à elle et lui amène des clients pour sa roulette. Mais elle a des ennuis assez importants avec une propriétaire terrienne, cupide et méchante, Emma.

L’histoire se déroule autour de cet affrontement, s’y mêle également un autre ancien amant de Vienna, Dancing Kid qui va devenir voleur parce qu’on l’accuse d’en être un. Emma s’appuie sur la milice dirigée par McIvers, une sorte de bestiau obtus qui ne s’embarrasse pas beaucoup de la loi et de la justice, prompt à faire avouer n’importe quoi à n’importe qui. Le scénario est signé par Philip Yordan qui avait l’habitude en cette période très trouble de Chasse aux sorcières d’être tout simplement le prête nom des scénaristes qui ne pouvaient signer leur travail, il ne brille pas par ses rebondissements et sa finesse. 

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Dès le départ Bart manifeste son hostilité à Johnny 

Tout cela serait assez simple s’il n’y avait pas des sous-entendus récurrents sur la situation que vivaient à l’époque les Etats-Unis. C’était le moment de la chasse aux sorcières, le triomphe de McCarthy. Or Nicholas Ray se débrouille pour faire jouer dans un même film cette vieille crapule de Ward Bond, fer de lance de la chasse aux communistes d’Hollywood, ami de cette autre canaille imbécile de John Wayne, et Sterling Hayden, ancien communiste, brouillé par la lessiveuse de l’HUAC. C’est d’ailleurs parce qu’il avait été mis au ban des accusés que Sterling Hayden n’a son nom qu’en petites lettres sur l’affiche, mais son rôle est aussi important que celui de Joan Crawford. Bien entendu, la lutte de Vienna contre Emma et McIvers est le reflet de la lutte entre les individus libres et la Commission des activités anti-américaines. La scène où McIvers arrache des faux aveux à un pauvre jeune garçon en lui promettant l’impunité, précède celle où il l’envoie se faire pendre, ce qui est la preuve de sa fourberie. 

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Vienna et Johnny revivent mélancoliquement leurs souvenirs 

Mais ce contexte n’est qu’un aspect du film parmi bien d’autres. Il est tout autant singulier de faire s’affronter deux femmes au caractère fort, au cœur d’un univers habituellement masculin. Ce sont les femmes qui commandent, elles commandent dans les affaires, mais aussi pour ce qui concerne leurs sentiments. La différence entre Emma et Vienna c’est seulement que la première est incapable d’assumer ses sentiments envers Dancing Kid, et que cette aigreur la transforme en une harpie revendicative.

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 Emma accompagnée du marsall et de la milice veut en finir avec Vienna

C’est du Nicholas Ray cependant, les couleurs sont criardes à souhait, mais cela donne parfois des résultats assez étonnats, notamment la confrontation dans le saloon entre la milice revetue de noir et Vienna, toute de blanc vétue jouant du piano. Il y a bien sûr des transparences assez choquantes, le film n’ayant sans doute pas eu un gros budget. Mais les acteurs sont très bons, Joan Crawford, bien sûr, qui domine le film avec son énergie coutumière, mais Sterling Hayden n’a pas l’air de faire trop la tête et joue assez bien dans la  nuance, soit deux acteurs au physique très particulier. Ward Bond, fait du Ward Bond, n'ayant pas l'air de comprendre qu'il joue le rôle d'une vieille canaille bornée. Dans un petit rôle, on reconnaîtra Ernest Borgnine qui roule des yeux en se demandant qui donc il pourrait bien trahir. Mercedes McCambridge trimballe sa tête de sorcière sans broncher sous les outrages répétés de Vienna, car elle est certaine de prendre sa revanche.

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 Vienna risque d’être pendue

Ce n’est peut être pas le chef d’œuvre qu’on a dit, notamment parce que les invraisemblances sont un peu trop appuyées, la scène où la milice rôde toute la nuit autour du cabaret détruit est bien longue, mais c’est un bon film, nerveux et bien rythmé. Incidemment c’est un des films que Guy Debord aimait à détourner dans ses propres réalisations, il en cite le passage sur la jalousie de Johnny qui aimerait bien que Vienna lui mente et lui raconte qu’elle l’a toujours attendu dans In girum nocte et consumimur igni.

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 Malgré son bras droit blessé, Vienna tuera Emma

Par ALEXANDRE CLEMENT - Publié dans : WESTERN
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 20:51

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 Voilà un film typique des années soixante-dix qui a été à la fois oublié, mais aussi admiré comme une sorte de film pour les connaisseurs. La trame est des plus simples : un homme de main est envoyé par Chicago pour récupérer une somme importante que doit une petite crapule qui règne à la fois sur un abattoir – on est dans le pays de la viande – et sur la petite ville dont il est le notable. Il faut dire que celui-ci a passablement énervé l’organisation puisqu’il a renvoyé le dernier plénipotentiaire de la mafia sous forme de saucisse. Nick va donc s’atteler à faire rentrer l’argent, bien que ce travail ne lui dise rien du tout. Nick est un dur de dur, mais il prend la précaution de s’entourer d’une équipe expérimentée. Mary-Ann, c’est le nom de cette canaille, évidemment est accro à son pognon et n’entend pas le rendre. Au milieu d’une fête agricole il piège Nick et veut le tuer. Mais entre-temps Nick s’est rendu compte que le commerce de bétail de Mary-Ann déborde largement les bovins puisqu’il vend aussi aux enchères des filles qui ont été élevées dans un orphelinat proche. Il récupère l’innocente Poppy et fuit les tueurs de Mary-Ann avec elle. La fin se devine, Mary-Ann ne finira pas le film, et Poppy et ses petites copines seront délivrées.

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Weenie fait des saucisses avec n’importe quoi

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Mary-Ann explique à Nick qu’il n’y a pas de problème qu’il va lui donner l’argent.

Le film est bâti autour de Lee Marvin, Gene Hackman ne jouant que les faire-valoir. Les scènes d’action seront multiples et variées, car cette canaille de Mary-Ann est en même temps acoquinée avec un tueur de bœufs, interprété par George Walcott, qui multiplie les actes de cruauté. Le film peut se lire à plusieurs niveaux, c’est un film dur et violent, mais c’est un film qui se veut aussi en même temps léger et humoristique. La toile de fond est l’opposition entre les bandits civilisés de la grande ville et ceux des campagnes qui sont ignobles et répugnants. Tout est fait pour nous montrer que l’Amérique profonde de la campagne est un monde proche de la morale préhistorique.

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Nick a soustrait Poppy à l’autorité malsaine de Mary-Ann

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Les tueurs sont de bons américains bien blonds, bien propres

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Les tueurs sont aux trousses de Nick et Poppy

L’autre niveau est celui du héros, bandit au grand cœur, il va s’attacher à l’innocente Poppy et la délivrer de la férule de l’esclavage sexuel auquel elle est promise. Ça correspond bien à l’esprit de ces années-là quand on se préoccupait encore de morale et de défendre la liberté. Au passage on traite encore de la question de la liberté sexuelle, l’innocente Poppy manifeste des désirs simples autant qu’ardents vis-à-vis de son sauveur, sans se poser de question sur la morale ordinaire, elle est à l’état sauvage. Cette liberté sexuelle est cependant relativement bornée et sommaire, puisque manifestement l’homosexualité de Mary-Ann et de Weenie ne plait pas vraiment au réalisateur et au scénariste.

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Règlement de comptes dans les champs de tournesol

Contrairement à ce qu’on écrit ici ou là, ce n’est pas un grand film. Les messages sont assénés un peu trop lourdement et la photo manque de grâce. Lee Marvin n’arrive pas à retrouver un personnage aussi puissant que Walker dans Point blank, alors que manifestement c’est ici que la source a été puisée. Gene Hackman cabotine un peu trop et Sissy Spassek a du mal à nous faire croire à son innocence. Mais c’est un film assez distrayant. Le clou du film est cette scène où l’on voit Nick et Poppy poursuivis par une machine agricole aux dents énormes, conduite par un adolescent boutonneux. Mais ça ne fait que cin minutes !

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Poppy revient à l’orphelinat pour en extraire ses copines martyrisées


 

Par ALEXANDRE CLEMENT - Publié dans : FILMS NOIRS - Communauté : Communauté du roman noir
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 11:58

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C’est un vrai film noir, digne des meilleurs films noirs américains, et un des meilleurs Delon. Si ce film est très peu connu, il le doit à la censure qui s’est abattu sur lui au moment de sa sortie. Une avocate qui vait cru se reconnaitre dans le personnage féminin principal avait porté plainte et obtenu l’interdiction du film qui a du rester, si mon souvenir est bon, que quelques jours à l’affiche. Il se murmurait surtout que cette plainte arrangeait plutôt le pouvoir gaulliste qui ne voulait surtout pas qu’on parle de la Guerre d’Algérie. Or c’est bien la Guerre d’Algérie qui est, non pas le sujet, mais la toile de fond de L’insoumis. Mais le film ne prend absolument aucune position sur cette question.

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Thomas attend de passer à l’action après avoir déserté

 

Au moment de l’indépendance de l’Algérie, Thomas, ancien légionnaire, déserte et rejoint l’OAS. Avec son ancien lieutenant il participe à l’enlèvement de l’avocate Dominique Servet, personnalité de gauche qui défend les Arabes du FLN. Il va être chargé de la surveiller dans l’immeuble en réfection dans lequel l’avocate est séquestrée. Pourtant, ému par le sort de la jeune femme, il va l’aider à s’enfuir, trahissant ainsi les siens.

Après que Dominique ait retrouvé sa liberté, Thomas va être poursuivi par son propre lieutenant et ses accolytes. Il va trouver finalement refuge chez Dominique qui va lui faire passer la frontière pour qu’il rentre enfin dans son pays. Pendant ce très bref moment particulier, Thomas et Dominique connaîtrons une idylle qui renforcera leurs liens. Mais le destin de Thomas est déjà tracé, blessé, il mourra chez lui, tout seul, sans que sa propre fille le reconnaisse.

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Emu par le sort de sa prisonnière, Thomas essaie de lui venir en aide

 

C’est le second long métrage d’Alain Cavalier. Auparavant il avait tourné Le combat dans l’île, avec Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider, film qui n’avait pas eu de succès commercial, mais qui avait obtenu de très bonnes critiques. L’insoumis ne marchera pas plus, mais pour des raisons qu’on a dites ci-dessus. Le suivant, Mise à sac, d’après un roman de Richard Stark de la série des Parker, sera encore un nouvel échec. C’est probablement cette série d’échec d’Alain Cavalier dans le genre film noir, qui va le pousser de plus en plus vers des films dits « non-commerciaux ».

En tous les cas, L’insoumis est excellent et on peut le revoir cinquante années après avec un grand plaisir. Produit par Alain Delon, il n’a pas bénéficié d’un très gros budget, mais il possède cependant toutes les qualités d’un grand film noir. Le noir et blanc est très bien utilisé et les jeux d’ombres remarquables. La mise en scène rigoureuse imprime un rythme soutenu, sans que le film plonge du côté des films d’action ou à suspense.

Tous les acteurs sont excellents. Delon, bien sûr, qui donne au film cette allure particulièrement tragique, lui apportant une sorte de grâce féline. Mais il y a aussi Léa Massari qui incarne Dominique. Les seconds rôles sont criants de vérité, Georges Géret dans celui du lieutenant qui n’est pas habitué à voir Thomas prendre des initiatives, Robert Castel dans le rôle du pied-noir ou encore Maurice Garrel dans celui du mari de Dominique.

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Il doit se battre contre ses anciens compagnons de lutte

 

Les scènes censées se passer à Alger sont tout à fait réussies, mais ce qu’il y a de plus remarquable c’est probablement ce passage de l’Algérie ensoleillée à Lyon, puis la remontée vers le nord de la France, de plus en plus saturé de pluie et de nuit. Il y a un vrai plaisir à filmer l’errance, les possibilités d’une gare, les mystères d’une route la nuit. Comme Thomas est rapidement blessé, le reste du film ressemble à une longue agonie, comme s’il recherchait un endroit pour y mourir. La romance entre Thomas et Dominique n’ayant pas d’avenir, elle renforce l’aspect funèbre du film. Car même si Dominique a toutes les raisons du monde d’aider été d’aimer Thomas, elle sait que sa vie n’est pas à ses côtés.

Cavalier met très bien en valeur cette aura romantique qui entourait à l’époque les parias de l’OAS qui s’étaient lancés dans un combat perdu d’avance. C’est peut-être ça qui a dérangé les censeurs à l’époque, car comme je l’ai dit, même si c’était le deuxième film de Cavalier qui traitait de la guerre d’Algérie et de l’engagement politique à la droite du parti gaulliste, il ne contient rien qui pourrait le faire passer pour un commentaire politique. On comprend que le couple Verret est engagé à gauche, et queThomas est un soldat de l’OAS. Cette opposition politique frontale est justement le terrain de leur rencontre impossible autant que désirée.

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Thomas est traqué par ses anciens amis

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Une idylle naitra entre Dominique et Thomas

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Dominique aide Thomas dans sa fuite

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Thomas reviendra mourir chez lui

Par ALEXANDRE CLEMENT - Publié dans : FILMS NOIRS - Communauté : Communauté du roman noir
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 08:24

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Au début de son exceptionnelle carrière, Burt Lancaster était un acteur de films noirs. Révélé par le film de Robert Siodmak, The killers en 1946, il avait ensuite enchainé avec Desert Fury Brute force de Jules Dassin, et il avait été L’homme aux abois dans le film de Byron Askins. Il s’apprêtait à tourner le chef d’œuvre du film noir, Criss-Cross de Robert Siodmak. Il avait été un peu moins convaincant dans le film d’Anatole Litvak, Sorry, wrong number. Dans le grand livre du film noir, il avait une spécialité, c’était une brute, mais faible, désemparé qui s’en remettait nécessairement aux femmes qu’il rencontrait et qui le guidaient pour le meilleur et pour le pire. On le voit souvent à cette époque dans les bras d’une femme, Ava Gardner, Yvonne de Carlo ou Joan Fontaine qui le domine et qui serre sa tête contre ses seins. Burt Lancaster dans ses rôles du début souffre beaucoup, dans son corps comme dans son âme, et l’issue de l’histoire lui est souvent fatale.

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      Bill doit fuir, heureusement il rencontre Jane 

Dans l’excellent film de Norman Foster, il est Bill Saunders. Il a été martyrisé dans les camps nazis et a du mal à se réadapter à la vie civile. Désœuvré, il traîne dans Londres qui a du mal à se remettre des dégâts causés par les bombardements aériens. Les populations manquent de tout, la misère est là bien présente à tous les coins de rues. Un soir, Bill se trouve à boire, mais au moment de la fermeture il a une altercation avec le patron qui a hâte de fermer. Impulsif, Bill lui colle son poids dans la figure et le tue bien malencontreusement. Il s’enfuit, échappe à la police et pénètre dans une maison où il rencontre Jane. Sans trop comprendre pourquoi, celle-ci va l’aider à se cacher et va faire semblant de croire à l’histoire que Bill lui a racontée. Les choses suivent leur cours et rapidement Jane et Bill tombent dans les bras l’un de l’autre. La vie serait plutôt belle malgré tout si le destin ne venait pas bouleverser leurs vies. En effet, lorsque Bill a tué le patron de bar, il a été vu par Harry, le cruel Harry qui est aussi un gangster qui trafique de tout ce qui manque. Il va donc essayer de faire enrôler Bill dans ses combines. Celui-ci se méfie, mais un jour qu’ils vont aux courses, en revenant dans le train, Bill toujours aussi impulsif va brutaliser un voyageur arrogant et lubrique. Cela va lui valoir six mois de prison et dix-huit coups de fouet.

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Bill est amoureux de Jane

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      Bill imite les singes au zoo 

Sorti de prison, Bill va se remettre en quête de Jane. Bien que celle-ci reste méfiante devant les accès de violence aveugle qui habitent son amant, elle va tout de même lui revenir. Elle lui trouve un boulot de chauffeur dans le laboratoire où elle travaille. Tous les deux font des projets d’avenir, et tout se passerait très bien si l’abominable Harry ne venait pas se rappeler à leur souvenir. Exerçant un chantage sur Bill, il exige de celui-ci qu’il l’aide à voler un camion de médicaments, avec notamment de la pénicilline.  Bill ne veut pas marcher dans la combine, mais il finit par céder, pensant qu’ainsi Harry finira par le laisser tranquille. Cependant, l’attaque du camion va échouer. En conséquence Harry s’en prend à Jane qui pour se défendre contre ses avances incongrues lui crève la paillasse à coups de ciseaux de couture. Bill va devoir se débarrasser du corps, ce qu’il fait sans problème. Puis les deux amants vont tenter de prendre la fuite à bord d’un cargo qui doit les amener au Canada. Mais là encore ce n’est pas simple, car le capitaine du cargo, une autre crapule de bas étage, va leur demander en échange de leur passage de voler pour eux des médicaments. Jane refuse car elle trouve ça sordide et immoral. Les deux amants comprennent alors que leur course s’achève et qu’ils ne leur reste plus que de se livrer

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      Les prisons anglaises encore plus sinistres que les autres


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Adapté d’un roman de Gerald Butler dont quelques titres ont été traduits à la fin des années quarante en français par les Presses de la cité, le scénario est excellent. C’est-à-dire qu’il mêle à la fois une intrigue, avec des rebondissements, un contexte social plutôt misérable, et une étude de caractères qui intègre les traumatismes de la guerre. C’est tout le côté existentialiste du film noir qui ressort : la morale de l’histoire ressortant du déroulement de l’action, elle-même déterminée par une situation historique particulière.

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      Dans la prison, il encaissera sans broncher les coups de fouet 

Les deux héros de ce film sont des vrais perdants. Si lui a perdu la tête, elle a perdu, du fait de la guerre, son amour et trouvera chez Bill une compensation à ses peines en maternant un pauvre garçon qui vit seulement avec ses instincts. Ils resteront des perdants jusqu’à la fin. Ils sont là pour recevoir des coups d’une société sans guère de tendresse, ni de générosité pour les âmes perdues. La scène où Bill reçoit dix-huit coups de fouet est à cet égard emblématique. Cependant, au-delà de cette contextualisation, il y a une histoire d’amour impossible, comme si la passion était interdite à des âmes simples et généreuses dont le passé obère le présent, interdit le futur.

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      Burt Lancaster a besoin d’un soutien féminin 

C’est donc un très bon film, même si les conventions de l’époque ont poussé sans doute à programmer une fin plus ou moins ambiguë et moralisatrice, en porte à faux avec la logique de l’histoire. Car si les deux fuyards semblent rentrer dans le rang en se livrant à la police, on ne voit pas très bien comment ils vont échapper au moins à de très longues peines de prison qui les éloignera à jamais. Et comme c’est Jane qui incite Bill à se rendre à la police, on est en droit de se poser des questions sur la réalité des sentiments qu’elle lui porte : Bill n’a jamais remplacé le fiancé disparu. On notera aussi la facilité du scénario qui fait apparaître opportunément pour la progression de l’histoire le diabolique Harry.

Le film a été tourné à Londres, certainement pour des raisons économiques, les studios américains ne pouvant que recycler sur place l’argent qu’ils avaient gagné en Europe. Mais ce n’est pas très important parce que Londres est un lieu qui a l’époque fait encore mieux saisir les traumatismes de la guerre qui vient de s’achever. Cette ambiance anglaise donne au film un caractère étriqué, clautrophobe.

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      Harry est toujours là pour mener Bill en enfer 

Le film est assez bref, mais cette faible durée suffit pourtant à mettre en scène un certain nombre de rebondissements. Le rythme est nécessairement rapide. La scène de la fuite devant la police, lors du premier meurtre, est parfaite, bien assurée par Burt Lancaster et son allure athlétique.

Le film est sombre, la plupart des scènes se passent d’ailleurs la nuit. Quelques rares scènes heureuses où les amants retrouvent un peu d’espoir ont lieu le jour, ce qui fait de la nuit une zone dangereuse. Il s’ensuit que Norman Foster va user des codes du film noir, avec des noirs et blancs très contrastés pour les scènes nocturnes.

La scène dans le train où Bill essaie désespérèment de truander un voyageur un rien libidineux est assez étonnate aussi. C’est d’ailleurs cette volonté de Bill de prendre sa revanche sur un homme un rien fourbe et visqueux qui va le mener pour quelques mois derrière les barraux.

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      Bill a trouvé un travail et une fiancée qu’il aime

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      Mais suite aux magouilles d’Harry, les amants doivent fuir 

Bien évidemment ce film n’aurait pas autant de force sans la composition des acteurs. C’est Burt Lancaster qui porte tout le film. Il est du reste encore plus impressionnant que dans The killers, le film qui l’a révélé. Sa grande force est d’opposer sa brutalité, son physique, à son désarroi. Joan Fontaine est très bien, quoiqu’en retrait par rapport à son partenaire masculin. Elle représente en quelque sorte l’idéal d’une société propre et honnête dont les fondements ont été emportés par la guerre. C’est Burt Lancaster qui représente la modernité de l’après-guerre justement, par sa bestialité, par son manque d’espérance et sa compréhension instinctive des réalités matérielles. On donnera une mention spéciale à Robert Newton qui cabotine gentiment dans le rôle de cette canaille d’Harry avec de faux airs de Jules Berry.

Un grand film noir à redécouvrir.

 

Par ALEXANDRE CLEMENT - Publié dans : FILMS NOIRS - Communauté : Communauté du roman noir
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 07:08

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Ce film un peu méconnu de Douglas Sirk est réalisé au moment de la grande vogue du film noir. Un de ses intérêts est que le scénario est dû à Samuel Fuller, ce qui veut dire que les surprises et les rebondissements vont aller bon train.

L’histoire est assez simple, une jeune femme qui a commis un meurtre est libérée au bout de quelques années. Mais elle doit subir une forme de liberté conditionnelle qui l’amène à fréquenter l’homme de loi, Griff Marat, qui est chargé de contrôler presque quotidiennement ses efforts de réinsertion. Dès le départ celle-ci va se révéler difficile car Jenny reste très attachée à son milieu et pense être amoureuse d’un joueur qu’elle a couvert lors du crime qui l’a amené en prison. Dans un premier temps elle va songer à échapper à Griff Marat pour retrouver plus facilement Harry Wesson, mais c’est sans compter sur l’amour que notre contrôleur va bientôt porter à Jenny. Bientôt Griff et Jenny se marient secrètement car c’est interdit par la loi, et pour échapper à Harry Wesson, Jenny va l’abattre d’un coup de révolver. Les deux amants vont être alors contraints de fuir au Mexique, de se cacher, jusqu’à ce qu’ils décident de se rendre, lasser de cette course sans issue.

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Griff parait très sévère lors de sa première rencontre avec Jenny


Beaucoup de choses sont remarquables dans ce film, même s’il part un peu dans tous les sens et que Sirk ne semble pas l’avoir mis en scène avec beaucoup de conviction. D’abord le personnage de Jenny qui ressemble étrangement à celui de Constance Tower dans The naked kiss réalisé quelques années plus tard par Fuller. Ensuite il y a cette relation étrange qui s’installe entre Griff et Jenny et qui paraît au premier abord comme un abus de la part de Griff. Il prolonge en quelque sorte la prison de Jenny en l’enfermant directement chez lui et en la mettant au service de sa mère aveugle. Cela donne une atmosphère oppressante intéressante. Et puis il y a la dernière partie, la fuite des deux époux qui voit plonger Marat dans l’illégalité la plus complète uniquement pour l’amour. Se faisant il se heurte à la réalité d’un monde pauvre et hostile, complètement à l’opposé de son milieu bourgeois d’origine.

On reconnait ainsi des thèmes déjà développés dans le film noir. On pense au Facteur sonne toujours deux fois, mais aussi à Gun Crazy qui va être réalisé quelques mois plus tard. Une allusion étrange au film de Preminger, Laura, vient troubler le spectateur.

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Une scène qui semble provenir directement de Laura le film de Preminger

 

La mise en scène utilise de façon un peu appliquée tous les codes du film noir, et cela dès le début, que ce soit dans la visite au bureau du contrôleur, avec cette longue perspective sur la rue, à travers les fenêtres, ou que ce soit dans l’usage des poursuites en automobiles. On y trouve aussi une scène qui semble être empruntée directement au film de Preminger, Laura. Le caractère sombre et fatal de l’histoire est encore renforcé par l’utilisation des décors des puits de pétrole où Griff trouve finalement un emploi. Mais il y a, malgré le grand professionnalisme de Sirk, quelque chose qui ne trompe pas : il n’est pas à son aise dans le genre noir, et le rythme, malgré la succession de rebondissements, reste assez mou.

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Griff et Jenny sont obligés de fuir 

Par contre les acteurs sont impeccables. Cornel Wilde bien sûr, acteur un peu trop oublié aujourd’hui, qui venait juste de tourner La femme aux cigarettes sous la direction de Jean Negulesco, film qui avait obtenu un bon succès public, et qui quelques années plus tard allait tourner dans un des chefs-d’œuvre du film  noir, The big combo sous la direction de Joseph H. Lewis. Sa partenaire est ici Patricia Knight qui a la ville était déjà son épouse. Celle-ci a très peu tourné, elle est pourtant assez remarquable. Elle a un côté solide et concret qui entre en concurrence avec la virilité de Cornel Wilde. Ce qui est après tout un des ressorts assez traditionnel du film noir dans sa quête de l’indépendance féminine.

Le film n’aura pas beaucoup de succès et il est encore largement ignoré, même des thuriféraires de l’œuvre de Douglas Sirk.

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Jenny s’est teint les cheveux

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Ils sont soupçonnés

Par ALEXANDRE CLEMENT - Publié dans : FILMS NOIRS - Communauté : Communauté du roman noir
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